Interview Digital Nova



Les Digital Nova ont un projet bien pensé, ils sont organisés et croient en eux. Et ils font les choses bien : sortie de leur premier EP accompagnée de plusieurs concerts, de promo en radio et sur Internet… Voilà pourquoi nous nous attardons sur eux : nous considérons qu’ils sont un bel exemple pour les groupes indés qui veulent percer. Après donc le Live Report de leur concert au Lounge, voici donc une Interview, histoire d’en savoir plus sur leur histoire, leur musique, leur devenir…

Alors, dites-moi tout, d’où part le groupe ?

Mathieu : Le groupe a été créé à la base par Julien Pin (guitare) et moi (basse), mais a vraiment pris son sens lorsque François est arrivé au chant en 2007. De là, on est parti enregistrer 3 titres (seulement 2 sont sortis) et on a fait quelques concerts avec cette formation. Julien a quitté le groupe fin 2008 et c'est là que Michel (guitare) et Pierre (batterie) ont débarqué dans le groupe.

Et au début ça se faisait sans batteur ?

Mathieu : Les batteurs on en a eu beaucoup mais avec peu d'influence sur les compos, c'est pour ça que je n’en ai pas parlé. Pour résumer ça a réellement décollé avec l'arrivée de Pierre et Michel qui ont apporté un deuxième souffle au groupe.

Et qui a eu l'idée du nom et d'où vient-il ?

Mathieu : C'est moi qui ai eu l'idée du nom lorsque l'on a trouvé notre voie musicale. En fait je voulais d'une part un nom qui soit international, digital nova ça fait ni groupe français, ni groupe étranger. Je voulais aussi un nom facile à retenir et en deux mots de préférence. Plus tard on a fait le lien avec le titre Digital Bath de Deftones, groupe qui est une de nos plus grosses références.


Et d’ailleurs, à part Deftones, quelles sont vos références ?

Mathieu : Ce qui est intéressant, c'est qu'on est tous à fond de rock principalement, mais on n’écoute pas tous les mêmes groupes.

François : Certains reviennent quand même, je pense à pas mal de groupes des années 90, type Limp Bizkit, RATM, Incubus... Moi personnellement, j'ai beaucoup d'influences françaises, Mass Hysteria, Aqme, Lofofora...

Michel : J'écoute pas mal de groupes que les autres connaissent peu : Soilwork, Killswitch Engage, Creed, Dry Kill Logic... etc. Ca ne nous empêche pas de nous entendre musicalement, bien au contraire.

Non c'est sûr, et c'est justement ça qui est bon dans un groupe, de prendre des ingrédients différents et de les mélanger pour en faire une recette originale... Et puisqu’on y est, comment vous composez ? D'où partent les compos ?

François : La plupart du temps, on part sur une idée de Michel ou Mathieu, qu'on réarrange tous ensemble par derrière. Moi je compose très peu mais j'aime beaucoup poser ma patte sur leurs parties musicales. Les lignes de voix se collent direct ensuite. Depuis quelques temps on a une règle, si on n’arrive pas à finir un morceau au cours de la répète, c'est qu'il ne fonctionne pas.

Michel : En sachant qu'on revient ensuite sur les détails du morceau avec ce coup ci un peu plus de recul.

Mathieu : Souvent les parties couplets et refrains viennent rapidement, et on retravaille parfois d'autres passages la fois suivante. C'est souvent assez instantané, les idées arrivent de façon instinctive sans vraiment les préparer à l'avance.

Et les paroles, c'est François qui les écrit ?

Mathieu : oui complètement.

François : Pour commencer, j'écris uniquement en Français, c'est ce qui nous démarque de pas mal de groupes actuels puisque la tendance est au rock anglais. La plupart des textes ont donc plus de sens dans ma langue maternelle car je peux y apporter des doubles lectures. En effet, quand on s'attarde sur les textes, on peut y déceler plusieurs interprétations. La plupart des sujets abordés sont à dimension humaine : besoin de liberté et de changement, j'y parle d'addiction, de solitude... Mais quand on lit plus attentivement les textes, ressortent de véritables interrogations écologiques et sociales.

Mathieu: François a carte blanche sur les textes, toutefois, c'est souvent nous qui trouvons un titre après les avoir lus.

Vous voulez faire quoi avec le groupe concrètement ? Quel avenir pour Digital Nova ? Est-ce que vous aimeriez en vivre ?

Mathieu: C'est un peu bateau de dire ça, mais l'objectif avant tout c'est de se faire plaisir, prendre du bon temps sur scène et en studio. Ensuite, l'objectif à court terme est d'essayer de faire un maximum de buzz et de dates pour partager notre musique. A moyen terme, j'espère personnellement que ça se traduira par des premières parties.

François: Bien sûr comme tous les groupes, on aimerait vivre de la musique mais on a les pieds sur terre, on sait très bien qu'actuellement beaucoup de créneaux sont fermés, la preuve en est la création de sites comme Soun qui ouvre la porte à des groupes qui ne seraient jamais découverts par le grand public via les médias habituels

Mathieu : L'avenir pour Digital Nova est on l'espère un nouveau passage en studio, éventuellement pris en charger par un label indépendant, pour réaliser un premier album.

On a pu voir que vous vous bougiez pour faire du bruit autour de votre musique : des concerts à la pelle, des interviews à droite à gauche… et ça marche ! La preuve : vous envahissez SOUN ! Comment vous vous organisez pour faire tout ça ?

Michel : Je suis arrivé dans le groupe il y a maintenant un an et les bases étaient déjà posées. Les pré-requis étaient la motivation, la disponibilité, le niveau musical évidemment. L'essentiel était de faire un maximum de répètes pour enchaîner sur des concerts et l'EP.

François : Après les choses ne se font pas toutes seules, derrière on se bouge vraiment pour se faire entendre, que ce soit sur internet mais aussi dans la « vrai vie », c'est-à-dire qu'on se déplace aussi aux concerts, qu'on rencontre d'autres groupes et organismes pour échanger des plans. En règle générale, ça se passe bien mais le conseil que je donne à tous les groupes c'est de ne jamais relâcher, même si parfois les évènements sont contre vous.
Mathieu : On part du principe que la musique c'est aussi un échange avec les autres groupes et qu'on doit s'aider les uns les autres, plutôt que de penser qu'on est en concurrence. Plus il y aura de groupes, plus il y aura de concerts et d'évènements culturels et ça c'est important par les temps qui courent.

Et vous trouvez qu'il y a un bon soutien de la part des institutions publiques ? Qu'est-ce que vous pensez des conditions qui sont offertes pour jouer, répéter, faire de la musique tout simplement ?

François : Ca dépend. Il y a pas mal d'organismes qui dépendent de ces institutions (Planète Jeune à Marseille, Courte Echelle à Gardanne...) et qui marchent bien. D'un autre côté, depuis 10 ans, j'ai vu disparaître pas mal de structures par manque de subvention (le Sous-marin en est le meilleur exemple). Maintenant, il est très rare de pouvoir jouer une scène subventionnée par une mairie, la plupart des concerts sont montés par des associations ou des salles privées qui galèrent et n'arrivent pas à entrer dans leurs frais, c'est pour ça que certains concerts, « même amateur », paraissent chers. Le public n'a pas conscience des infrastructures et du personnel engagé pour le moindre évènement.

Mathieu : Je trouve qu'aujourd'hui les moyens publics mis à disposition des groupes notamment pour répéter sont faibles voir inexistants. Les groupes se retrouvent à être sur des listes d'attentes pour pouvoir jouer dans des locaux hors de prix, c'est une des raisons qui font que beaucoup de groupes abandonnent leurs projets... Aujourd'hui un jeune qui veut vivre sa passion pour la musique mais qui n'a pas le budget conséquent est condamné à abandonner ses projets. De plus en plus, les concerts et autres évènements culturels deviennent élitistes de par leur prix. Et a mon sens c'est là le rôle des institutions publiques de faire en sorte que la culture soit accessible à tous…


Et justement que pensez-vous des initiatives gouvernementales concernant la culture (Hadopi...) ?

Michel : Concernant Hadopi, les mesures gouvernementales mises en place sont tout à leur honneur, mais l’ampleur du piratage est telle que les efforts restent, à mes yeux, vains.

Mathieu : Pour moi, les initiatives sont complètement déconnectées de la réalité. Ce n’est pas en tapant sur les doigts du vilain pirate que l’on va résoudre la crise du disque. Je pense que ce qui tue la musique aujourd’hui, c’est surtout le prix d’une place de concert ou d’un CD plutôt que les téléchargements sur internet. Idem pour le cinéma, les prix sont complètement démentiels.

François : Personnellement, je me suis mis à télécharger des films depuis Hadopi… En ce qui concerne la musique, je suis un gros consommateur mais j’achète en priorité les groupes français pour éviter qu’ils disparaissent.


Quels sont vos avis et connaissances sur la SACEM, les licences libres, les majors, et le fonctionnement de l'industrie de la musique en général ?

Mathieu : J’avoue que mes connaissances sont très limitées… Je me rends seulement compte qu’il y a un grand fossé entre les artistes connus, diffusés à la radio et qui ont tout un système de promo autour d’eux par rapport aux groupes indépendants comme nous…

François : La SACEM ne sert que dans un sens, si tu es connu, diffusé, tu payeras peu et toucheras beaucoup. Et dans l’autre, il y a ceux qui payent en espérant protéger leurs morceaux alors qu’il y a d’autres possibilités (Creative Commons).

Au final, pour vous, artiste c'est un vrai "métier" ?

François : Je considère que le métier d’artiste ne peut pas être une fin en soit. On ne peut pas être créatif, engagé ni sublimer ses émotions si notre quotidien est fait uniquement de sa passion. Je m’explique : galérer dans son travail, se faire larguer par sa copine, détester son patron, se payer des bouchons en heure de pointe… sont les meilleures raisons pour nous pousser à créer des uvres. Je n’aurais rien à raconter si j’étais heureux dans mon local de répétition du matin au soir !

Mathieu : Je suis d’accord avec François sur le fait que l’art et la création sont le fruit d’un manque, d’une frustration…dans tous les cas de quelque chose qui vient du plus profond de nous même. Et quand on y a gouté c’est dur de s’en passer. J’aime bien dire si on ne vit pas de la musique, en tout cas elle nous aide à vivre.

Qu'est-ce qui est prévu pour le groupe dans les mois qui arrivent ?

Michel : Pour commencer, une petite série de concert jusqu’au début de l’été. On est déjà à la recherche de dates pour la rentrée de septembre. En parallèle, on va aussi se remettre à composer car on songe déjà à retourner en studio pour un album complet.

Mathieu : Oui, composer surtout ! C’est la chose qui me manque le plus depuis qu’on est entré en studio.

François : On va également faire un gros travail de fond, c'est-à-dire démarcher des radios, des tremplins, des premières parties et aussi des labels afin de faire un maximum de buzz autour du groupe.

Un mot pour les lecteurs de Soun-Music ?

Mathieu : Continuez à trainer sur le site !

François : Il faut que les visiteurs du site comprennent la démarche de ses créateurs. Soun est une porte ouverte aux groupes qui galèrent pour diffuser leur musique. Le concept est vraiment intéressant parce qu’il permet à l’auditeur de sélectionner ce qu’il veut écouter et non de se laisser gaver comme une oie par les médias habituels.

Michel : L’accès au site est bien plus simple que chez Myspace, moins personnel certes mais beaucoup plus rapide d’accès. Avec Soun on va à l’essentiel : la musique.

Un mot pour M. Nègre (actuel dirigeant de Universal) aussi peut-être ?

François : J’aurais rien de plus à rajouter que le discours de Bertrand Cantat lors des victoires de la musique, sauf que désormais je sais que les majors vont devoir se préparer à une nouvelle forme de culture grâce à internet. C’est de plus en plus les auditeurs ou spectateurs qui vont directement choisir leurs artistes, mais on n’y est pas encore. Je pense qu’il faudra 10 ans pour y arriver.

Mathieu : Je souhaiterais juste qu’Universal ou les autres prennent plus de risques en signant des artistes réellement à contre courant de la musique actuelle. C’est l’innovation qui permet à la musique de se renouveler perpétuellement, seulement à l’heure actuelle on fonctionne surtout sur des phénomènes de modes. Lorsque un groupe perce dans un style, il y a toujours derrière 10 autres qui le copient et disparaissent aussi vite.

Un mot pour les autres artistes ?

Mathieu : Croyez en ce que vous faites ! Je sais de quoi je parle, cela fait des années que je suis sur ce projet allant de galère en galère et aujourd’hui enfin le projet se concrétise.

François : Bougez-vous, répétez, faites des concerts, rencontrez d’autres musiciens, écoutez la critique et acceptez-la… ha oui : Soyez rock’n roll peu importe votre style, c’est ça qui est bon !

Une remarque pour nous aider à améliorer le site ?

Mathieu : A la place des pubs sur les côtés, mettre nos têtes et pleins de logos « digital nova la nouvelle sensation rock/métal débarque ! ».

François : Je pense juste que les gens devraient pouvoir mettre des commentaires sans forcément avoir à s’inscrire sur Soun.

Michel : Vu que les groupes vont bientôt affluer sur Soun, il faudrait prévoir des les classifier plus simplement, par style ? Région ?

Merci pour vos remarques ! Elles nous aident à améliorer le site !

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Une Interview réalisée par Anthony Mora-Amaya

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