Interview Physalia par Radio Metal

Publié le 10/05/2010 15:07 - 0 commentaire(s)
Interview Physalia par Radio Metal
Radio Metal : Bonjour à vous ! Pourriez-vous présenter le groupe en quelques mots pour les lecteurs de Radio Metal qui ne vous connaissent pas ? Djé Saintjames (claviers / chant ): J'ignorais qu'il y avait des gens qui ne nous connaissaient pas (rires) ! Je vais laisser le soin à notre dernier membre de nous présenter...Comme ça on verra s’il mérite qu’on le garde (rires) ! Guillaume (guitares): Quelle pression ! Pour moi Physalia est un groupe de rock français avec des éléments progressifs, parsemé de metal, d'ambiances psyché... bref, un univers à part. Je crois sincèrement que c'est un des rares groupes à avoir un panorama aussi vaste et varié et qui ne se cantonne pas à un style déterminé. Aujourd'hui, nous sommes cinq au sein de la formation : Djé SAINTJAMES (clavier/chant), Seb OHLMAN (basse), Andréa MANCUSO (batterie), Inti et Guillaume GIL (guitares). Djé : Sans oublier mon fiston Guillaume qui gère les séquences et les lights pour les lives. Sans lui, Physalia ne serait pas pleinement Physalia. Seb (basse): Physalia va vous plonger dans un univers sombre et tourmenté dans lequel règne bien plus qu'un semblant de folie. Un univers non exempt de lumière, qui laisse paraître de doux reflets harmonieux et vivants... L’écume des nuits est le nom de votre dernier album. Votre musique est un mélange de sonorités progressives avec des touches psyché. Mais affirmer que Physalia fait tout simplement du rock paraît être le meilleur compromis pour ceux qui ont besoin d’étiquettes ! Partagez-vous cette analyse ? Andréa (batterie): J'ai vraiment horreur des étiquettes : elles sont faites pour mettre les choses et les gens dans des cases. Alors qu’en jouant notre musique, nous cherchons justement à échapper à ces étiquettes... Guillaume : Je considère personnellement que les étiquettes sont créees pour les gens qui se cherchent. On voit partout des « heavy metal mélodique progressif », « pop rock alternatif », « speed metal symphonique » et j’en passe...Le rock est un style, un genre, pas une étiquette destinée à trouver un bon compromis. Aujourd'hui, on a tendance à perdre de vue la simplicité et on se perd à vouloir définir "son groupe" au travers de toutes les influences qui peuvent se retrouver au sein d'un album ou d'une discographie. Djé : Tout est dit... Physalia fait du Physalia, dire que la quasi-totalité des types rock sont réunis dans Physalia serait plus juste. Je trouve que ce genre de débat n’apporte pas grand-chose. Justement, votre univers est très personnel. Les compositions sont variées mais semblent toutes être liées par l’esprit musical britannique (Pink Floyd, Muse, Marillion....). Peut-on dire que ces formations sont celles qui vous ont le plus marqués en tant que fans de musique ? Djé : C’est une question piège... Pour Pink Floyd, c’est tout à fait exact : je suis tombé dedans quand j'étais petit, ils sont responsables de ma décision de devenir musicien ! Par contre, je ne sens aucune influence venant de Muse (qui n'existait tout simplement pas lorsque j'ai monté Physalia). Quant à Marillion, j'aimais bien Fish, mais je trouvais qu‘il avait été très influencé par Peter Gabriel. Oui, la richesse du rock anglais nous a largement influencés (quel groupe de rock pourrait prétendre le contraire ?). Mais le rock et le metal américain font également partie de nos influences. Seb : Ces groupes sont assez incontournables, mais il y en a tant d'autres. D'un point de vue musical, nous composons tous ensemble. Même si Djé arrive en répète avec une idée précise sur le morceau, la réalisation finale s'effectue toujours de manière collégiale. Nous venons tous d’univers très différents mais nous apprécions tous ces groupes qui ont apporté quelque chose de nouveau. Physalia, c’est un mélange de tout ça. Andréa : Nous ne nous sommes jamais vraiment posé ce genre de question, effectivement. Nous n’essayons pas de nous forcer à faire apparaître ces influences. Elles apparaissent naturellement et de manière éparse. Les paroles de Djé sont recherchées. Sur votre MySpace, ainsi que sur certaines chroniques de l’album, le terme « poète » revient d’ailleurs plusieurs fois. D’où cette question : qu’est-ce que la poésie représente pour les Physalia ? Guillaume : Le chant en français me plaît énormément. La poésie, c'est faire vibrer les gens au travers d'un moyen qui nous est propre. La poésie, c'est exprimer son ressenti sur les choses par divers moyens, je pense à l'écriture, le théâtre, la musique, le chant, la peinture et d'autres activités du genre. Au sein de Physalia, ma poésie se trouve dans mes doigts, ma tête, mes idées, mes sonorités, mon instrument. Djé est un poète des temps modernes, je respecte et j'aime énormément ce qu'il a fait, ce qu'il fait et ce qu'il fera. Seb : La poésie, c’est tout texte qui me fera ressentir une émotion. Quelle qu'elle soit. La poésie peut faire rire, pleurer, vous plonger dans un état d'angoisse ou de bonheur absolu. Chaque poète met en forme ses textes comme il les ressent. Et je suis plus que ravi que Djé ait principalement choisi la musique, car si Physalia est avant tout son univers, il vous laisse volontiers y pénétrer, et j'avoue m'y sentir très à mon aise, j'y suis chez moi. Djé : Il n'y a pas grand chose à ajouter : il suffit d'écouter nos titres pour savoir ce qu'est la poésie pour Physalia. Pour paraphraser Léo Ferré qui disait que la poésie prend son sexe avec la voix comme le violon prend le sien avec l'archet, je dirais moi que mes mots prennent leur sexe avec notre musique. Inti : La poésie ? Un élixir exquis, aux vapeurs douces amères. Un refuge, un asile pour les rêves brisés, comme une île oubliée au milieu de la mer, où les pensées perdues viennent à s'échouer. Une rivière de diamants ou bien une étincelle. Ou le grand albatros du très cher Baudelaire, une joie, une peine mais toujours aussi belle ! Qu’elle chante l'amour ou hurle sa colère... Andréa : Fais gaffe Djé, Inti veut devenir calife à la place du calife (rires)! Lorsque l’on fait le compte, on s’aperçoit que le chant en français pour les groupes de metal/rock n’est pas si fréquent. Pourtant la langue de Molière est d’une infinie richesse. Mais peut-elle, selon vous, s’adapter aux compositions musicales aussi bien que la langue anglaise ? Seb : Oui. Bien sûr. Je crois que nous le prouvons ! La langue française demande peut-être un peu plus de réflexion d'un point de vue des sonorités, mais elle permet tellement plus d'un point de vue émotionnel. Djé : Évidemment et sans l'ombre d'un doute. C'était d'ailleurs une envie viscérale pour moi de pouvoir marier les textes en français et le rock anglo-saxon. Je trouve que les paroles en français prennent trop souvent le pas sur la musique, qui finit par être aseptisée. Inversement, peu de groupes anglo-saxons se cassent la tête sur les textes : les voix "sonnent" comme des instruments mais n'expriment rien d'autre... L'alchimie entre paroles et musique est très différente à créer, ce qui la rend plus belle et plus surprenante. Je crois qu’en France il y a un complexe par rapport à l’anglais. Je rêve secrètement que Physalia apporte un vent nouveau sur le rock français dans le monde. Andréa :…ce qui est un pari osé, mais c'est l'une des choses qui fait notre particularité. Peu arrivent à réaliser ce tour de force. A l’origine, je ne suis pas un fan de chanson française, mais cet aspect prend tout son sens chez Physalia. Djé : "Beethoven est probablement le premier métalleux de l’histoire !" Charles Baudelaire, Léo Ferré ou encore Jacques Brel ne sont pas les personnalités les plus citées parmi les références des formations et du public metal. Physalia existe depuis 1996, comment pouvez-vous décrire la relation que vous entretenez avec le public metal ? Apprécie-t-il particulièrement vos textes et votre musique ? Inti : Le public metal ne considère pas notre musique comme du metal, bien évidemment, mais l'apprécie néanmoins. Pour ce qui est des textes, je pense qu’ils sont suffisamment sombres pour étancher la soif de colère et d'ambiances noires dont sont friands les métalleux. Seb : Notre relationnel avec le public metal est très bon. Et si, à la première écoute de l’album, certains éprouvent le besoin de prêter une attention différente de leurs habitudes, c’est un avantage. Physalia a cette force de pousser votre curiosité à l'extrême. Djé : Baudelaire fréquentait des prostituées, fumait de l'opium et du haschich et buvait comme un trou. Léo Ferré était un anarchiste de première et Brel un écorché vif. Si ça, c’est pas rock n’roll... Beethoven est probablement le premier métalleux de l’histoire ! Pour revenir et conclure sur l’album, Sébastien Christen est le producteur officiel de L’écume Des Nuits. Il a joué un rôle essentiel dans votre évolution. Comment l’avez-vous rencontré et que vous a-t-il apporté ? Djé : Sébastien n'avait rien à voir avec le milieu musical à l'origine. Nous ne nous étions jamais rencontrés, mais il a écouté notre musique, a apprécié et a pris la décision de nous financer pour aller en studio, créer l’artwork avec Jef Caiazzo, faire le pressage et, "cerise sur le Mc'do", réaliser un clip pour la chanson « Marche Ou Crève ». Clip composé de vidéos de type "making of" studio. Bref, il est la personne grâce à laquelle nous émergeons actuellement. Sans lui nous n'en serions pas là... Qui, de nos jours, déciderait de produire un groupe simplement parce que leur musique lui plaît ? Monsieur (j’insiste !) Sébastien Christen est tout simplement un extraterrestre dans notre monde qui n'est fait que d'individualisme et de profit ! Les titres de votre album sont en téléchargement sur votre MySpace. L’artwork de votre opus est par ailleurs très travaillé, ce qui prouve que vous souhaitez concilier les outils du web et la beauté du format physique. Rob Zombie a récemment déclaré que son prochain disque serait probablement le dernier en format cd car, selon lui, tout sera rapidement dématérialisé. Quel est votre regard sur le sujet ? Inti : Je ne me vois pas acheter des données, je préfère du solide. Je pense que c'est le cas pour beaucoup de gens encore. Guillaume : Le format CD restera d'actualité. Les gens aiment avoir un support de qualité audio certaine. Ce qui change selon moi, c'est la manière avec laquelle on va gérer le groupe et son album. Physalia a particulièrement travaillé son support, avec des illustrations très personnalisées pour chaque titre. Au final, non, je ne pense pas que le marché du CD soit fini, je pense que c’est la manière de commercialiser ce support qui évolue. Seb : Nous ne pouvions en effet pas imaginer le format physique de l'Ecume des Nuits sans permettre au public d'accéder par le visuel à une part supplémentaire de notre univers et je pense qu'il en sera de même pour nos prochains albums. Utiliser les outils du web est aujourd’hui indispensable. Rien ne se passe plus sans le web, d'une manière ou d'une autre ! Mais je ne suis pas pour autant prêt à parier sur la disparition prochaine des supports physiques. C'est comme imaginer qu'un peintre ou un graphiste n'expose plus que par internet... Mais nous ne sommes qu'à deux ans de 2012 et tout sera peut-être alors définitivement dématérialisé (rires) ! Djé : Le CD a beaucoup évolué. Petit à petit, le disque devient un objet à part entière. On recherche plus qu’un support qui délivre la musique (packaging original…). De ce fait, les maisons de disques et les artistes ont pris conscience qu’il fallait donner vie au support CD, jusqu’ici froid par rapport au vinyl. Le téléchargement a fait que les artistes retrouvent leur place sur scène. Le CD ne mourra pas à moins qu’un autre support ne le supplante. Vous êtes signés chez le label Musea Records. Très concrètement, qu’est-ce que cela vous apporte ? Djé : Lorsque le téléphone sonne et que vous avez Bernard Gueffier en personne (Le Président du label), alors que vous êtes en train de ranger votre lave-vaisselle à dix heures du matin, et qu’il vous dit qu’il envisage sérieusement de vous inclure à son catalogue de distribution, vous n’y croyez pas ! Concrètement, ça ouvre des portes. Nous sommes à l’heure actuelle en contact avec certains producteurs, Sylvia Massy (System Of A Down), Ted Niceley (Noir Désir) ou encore Greg Hampton (Alice Cooper), qui se proposent de venir en France afin de nous rencontrer. Nous essayons de garder la tête froide, d’avancer prudemment, sûrement et sans précipitation. Dernière question. Vous indiquez sur votre MySpace : « sur scène, le groupe va déployer spectacle et light intensif afin que vous puissiez rentrer dans le monde de Physalia». Si vous deviez décrire le monde de Physalia en trois mots, quels seraient-ils ? Seb : Sombre, contrasté, extrême. Inti : Musique, rêve, folie. Andréa : Humanité, vie, cauchemar. Guillaume : Un Univers - un voyage - une identité. Djé : Paranoïa, schizophrénie, mégalomanie et plus si affinités ! Merci à vous ! Djé : Merci à toi et à Radio Metal, longue vie à vous ! Bienvenue dans la machine… bienvenue dans Physalia !

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